Bien que les RLCF soient essentiels à la décarbonation du secteur maritime, leur développement et leur adoption se heurtent à plusieurs contraintes, notamment l'adaptabilité moteur (c'est-à-dire la possibilité d'utiliser le carburant sans modifications aux moteurs), la disponibilité des matières premières, la maturité des différentes technologies et les caractéristiques physicochimiques des matières premières et des carburants (densité énergétique, toxicité, etc.).
Biocarburants : La production est limitée par la disponibilité d'une biomasse appropriée, car de grandes quantités sont nécessaires pour une production efficace. Le transport et le stockage de la biomasse posent d'importants défis logistiques en raison de sa faible densité énergétique, de son volume et de sa périssabilité. Ces facteurs peuvent entraîner des coûts de transport élevés, une augmentation de la consommation d'énergie et des émissions élevées de gaz à effet de serre, ce qui peut compromettre les avantages environnementaux des biocarburants et rendre difficile l'augmentation efficace de la production.
Carburants synthétiques : La production nécessite des quantités importantes d'énergie renouvelable, ce qui peut entraîner des coûts de production élevés et une efficacité énergétique globale réduite. La production de carburants synthétiques nécessite également d'importantes quantités d'eau, ce qui rend la disponibilité, l'efficacité et la gestion durable de l'eau cruciales pour une production évolutive. Le carbone recyclé et le dioxyde de carbone constituent un autre défi majeur pour les carburants à base de carbone que sont les e-carburants et les carburants à base de carbone recyclé (Recycled Carbon Fuels - RCF), tant en termes de disponibilité que de concentration. La densité énergétique de ces carburants, en particulier de l'hydrogène, est relativement faible, ce qui réduit leur aptitude aux longs voyages. La toxicité de certains carburants, notamment l'ammoniac, réduit l'acceptabilité et augmente les coûts de manutention.
Deux RLCF offrent un potentiel très prometteur, l'e-méthanol et l'e-ammoniac. Le secteur a essayé de désigner un grand gagnant, mais n'y est pas parvenu jusqu'à présent. Lorsque l'on compare l'ammoniac et le méthanol en tant que carburants potentiels pour le transport écologique, plusieurs facteurs entrent en jeu :
Disponibilité des matières premières : Bien que les deux carburants nécessitent l'abondance d'électricité renouvelable et d'eau à un coût raisonnable, le méthanol nécessite également la disponibilité du CO₂ capturé à partir de sources adaptées durable telles que la capture directe du carbone dans l'air (DACC) et la bioénergie avec capture du carbone (BECC). Cela donnera l'avantage à l'ammoniac sur la disponibilité régionale et une partie du coût.
Toxicité : Bien qu'il s'agisse d'une préoccupation importante pour les deux carburants, l'ammoniac est plus toxique et présente des risques plus élevés pour la santé humaine et la vie marine en cas de fuite. Cela réduira l'acceptabilité, augmentera les besoins d'alignement réglementaire international, compliquera les contraintes de soutage et de manutention et, par conséquent, les coûts d'infrastructure et de navires.
Coût de production : Le méthanol a actuellement un avantage en raison de son infrastructure de production et de distribution établie, ce qui le rend plus abordable à court terme. Cependant, à mesure que la production d'ammoniac vert augmente, ses coûts devraient diminuer.
D'autres aspects tels que les émissions de combustion, la densité et l'adaptabilité des carburants sont également pris en compte.
En résumé, bien que les deux carburants présentent des voies viables pour décarboner le transport maritime, leur adoption dépendra de l'équilibre entre ces facteurs et du rythme des progrès technologiques et réglementaires.
La transition vers les RLCF dans le secteur maritime présente plusieurs défis importants. Cependant, les perspectives d'avenir sont prometteuses, car les progrès technologiques continus et les changements de politique favorables ouvrent la voie à l'élimination de ces obstacles.
L'avenir des RLCF dans le secteur maritime est prometteur, avec des avancées technologiques, des politiques de soutien et la dynamique du marché qui contribuent tous à surmonter les défis actuels. En continuant d'innover et de collaborer, l'industrie maritime peut réduire considérablement ses émissions de gaz à effet de serre, ouvrant ainsi la voie à un avenir durable et résilient.
Compte tenu des défis et des opportunités énumérés ci-dessus. Les spécificités et les conditions régionales détermineront les perspectives du marché :
| Spécificités régionales | Description |
|---|---|
| Infrastructure existante | Disponibilité d'infrastructures de ravitaillement et faibles besoins d'adaptation/modernisation pour les RLCF |
| Stabilité politique | Situation/orientation politique stable et évolution réglementaire fiable |
| Subventions/avantages | Disponibilité de subventions, de crédits ou de remises d'impôts pour la production ou l'utilisation de carburants renouvelables |
| Cadres réglementaires | Existence et développement d'une réglementation incitative pour le développement et l'adoption des RLCF |
| Obstacles réglementaires | Exigences et contraintes élevées en vertu de la réglementation applicable |
| Temps d'approbation | Longs délais d'approbation pour l'autorisation et le développement du projet |
| Activité RLCF | De grands projets sont déjà en cours de développement dans la région |
| Puissance de feu financière | Une bonne histoire pour des investissements élevés dans des technologies innovantes |
| Coût total prévu | Pays à bas coûts/pays avec des salaires et des coûts de matériaux favorables |
| Disponibilité de la matière première de biomasse | Favorable dans les pays disposant de ressources et de déchets biogéniques à un niveau prometteur |
| Potentiel d'électricité renouvelable | Favorable dans les pays où les conditions sont bonnes pour l'énergie photovoltaïque et éolienne |
| Disponibilité du CO₂ capturé | Haute disponibilité du CO₂ et éligibilité des sources et des technologies |
| Disponibilité de l'eau | Accès abondant à l'eau, idéalement douce |
Le potentiel de production des RLCF varie considérablement dans le monde :
Les régions Amériques, Europe et APAC présentent un potentiel prometteur pour le développement des biocarburants, la plupart des conditions énumérées ci-dessus étant réunies, certaines conditions étant moins favorables mais d'autres conditions compensatoires. En témoigne aujourd'hui le nombre important de capacités existantes et en cours de développement/construction.
En ce qui concerne les carburants synthétiques, les Amériques, le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Australie présentent un potentiel très prometteur. Cela ne signifie pas que l'Europe et la région APAC n'auront pas un rôle significatif à jouer (la Chine et l'Europe prennent actuellement la tête de la production d'e-méthanol). Chaque région a ses spécificités et ses préférences en matière de technologie. Par exemple, la disponibilité limitée de CO₂ biogénique dans la région MENA se traduit par la priorité accordée aux projets d'e-ammoniac. Le développement est encore limité dans le monde entier, mais il s'agit principalement d'une question de maturité et de non-convergence sur des trajectoires spécifiques.
Associé, Transition énergétique et décarbonation Lead, Strategy& France et Maghreb