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Relocaliser la production par le levier des achats responsables

Olivier Lluansi Associé, Strategy& France Septembre 2021

Partout en France, la crise économique née de l’épidémie de Covid-19 a très vite posé avec une grande acuité la question des approvisionnements. Deux mois à peine après l’arrivée du virus en Europe, PwC lançait, en partenariat avec le Conseil National des Achats (CNA) et avec la participation de la Direction générale des Entreprises (DGE, ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance), la première étude sur la sécurisation des approvisionnements stratégiques.

Cette étude a été suivie de nombreuses initiatives qui ont vu le jour pour remédier à la dépendance de l’économie française aux approvisionnements extérieurs et favoriser la résilience de notre tissu industriel local et national. Plusieurs approches ont été mobilisées :

  • soutenir l’offre dans les secteurs dits stratégiques, notamment via les appels à projets France Relance - Résilience lancés par la DGE et Bpifrance ;
  • évaluer nos vulnérabilités au moyen d’études économétriques, à l’image de la note « Vulnérabilité des approvisionnements français et européens » publiée par la Direction générale du Trésor en décembre 2020 ;
  • recueillir les attentes et analyser les stratégies des grands donneurs d’ordre, comme l’a fait PwC en interrogeant des directeurs des achats pour le CNA.

En s’appuyant sur les grands donneurs d’ordre, cette dernière approche évite tout faux procès : il ne s’agit pas de relocaliser pour relocaliser, mais de répondre à une demande avérée du marché. En prenant la demande pour clef d’entrée, cette démarche permet en outre d’inclure dans la réflexion les orientations stratégiques et globales des entreprises, telles que leurs stratégies de développement durable, et de ne pas se limiter aux sujets de l’origine des approvisionnements et de leurs risques attachés.

Comme l’a démontré la table ronde co-organisée par PwC lors du Salon Global Industrie 2021, la question des achats responsables est aujourd’hui une problématique majeure et structurante pour les entreprises françaises, quel que soit leur secteur d’activité. Elle concerne autant la sécurité de leurs chaînes d’approvisionnement que leurs politiques de responsabilité sociale et environnementale.

Un potentiel de relocalisation élevé

La désindustrialisation profonde et ancienne (dès 1975) du territoire français a engendré une dépendance à certains produits fabriqués à l’étranger. En témoignent la balance commerciale française, déficitaire depuis 2003, et la faible part de l’industrie dans le PIB : 13,5 % en France, l’un des ratios les plus faibles d’Europe, contre près de 25 % en Allemagne. 

Un telle exposition à des chaînes de valeur mondialisées est vecteur de risque, mais ce risque peut être réduit.

Notre étude PwC/CNA d’avril 2020 montre qu’un grand nombre de produits mériteraient d’être fabriqués plus près de nous. Des groupes de travail avec des directeurs d’achat mobilisant plus de 40 grands donneurs d’ordre français ont permis d’identifier 58 catégories de produits comme propices et prioritaires pour une relocalisation de la production. Elles représentent un volume d’affaires de 115 milliards d’euros, soit environ 20% de nos importations, au sein de quatre filières industrielles : santé-pharmaceutique, agroalimentaire, électronique et industries de process et d’assemblage.

Ces résultats obtenus en évaluant la demande ont été confortés par l’essor d’une offre locale soutenue par les pouvoirs publics. En effet, plus de 75 % des lauréats des appels à projets France Relance - Résilience s’inscrivent dans l’une des catégories propices et prioritaires pour une relocalisation identifiées par PwC. 

Encourageante, cette concordance conforte la complémentarité entre une approche de soutien de l’offre et une offre fondée sur la demande, les attentes de donneurs d’ordre. Conjuguer ces deux approches renforcera les chances de réindustrialisation de la France.

« Un projet pilote s’est intéressé à une démarche de relocalisation par les achats responsables qui engage les donneurs d’ordre sur des volumes à sourcer en proximité. »

Olivier Lluansi, Associé, Strategy& France

Orienter les entreprises vers des achats responsables

La relocalisation de la production est l’une des principales solutions permettant de sécuriser les approvisionnements stratégiques. C’est pourquoi la DGE, le CNA, l'organisation professionnelle France Industrie et PwC ont conjointement lancé un projet pilote pour évaluer le potentiel de relocalisation par les achats responsables. Cette approche a pour particularité d’engager les donneurs d’ordre sur des volumes à sourcer en proximité.

Portant sur six segments de produits (cartes électroniques, circuits imprimés, conception électronique, barquettes et pots en plastique, films et gaines de palettisation, linge plat à destination des professionnels), le projet pilote a permis d’engranger de nombreux retours d’expérience, qui ouvrent la voie à un élargissement à d’autres catégories de produits critiques pour l’économie française.

Que nous apprend ce pilote ? Cinq enseignements.

  1. L’engagement des donneurs d’ordre peut se matérialiser de plusieurs manières, des accords volontaires aux déclarations unilatérales. Les lettres d’intention, par lesquelles les donneurs d’ordre s’engagent sur des volumes d’achats en proximité, présentent l’avantage d’être compatibles avec les règles de la concurrence, en dépit d’une certaine appréhension à s’engager.
  2. Il est nécessaire de garantir une adhésion au plus haut niveau de direction ainsi qu’une cohérence avec les orientations portées par l’entreprise. L’engagement en faveur d’une politique d’achats responsables doit entrer dans le cadre d’une stratégie globale de l’entreprise, au-delà des seules prérogatives des directions achats.
  3. Les filières (comités stratégiques de filière ou syndicats professionnels membres de ces filières, par exemple) ont un rôle moteur à jouer dans la sélection des segments prioritaires et la mise en œuvre des achats responsables. Il est plus facile d’avancer avec des pairs connus et avec lesquels une relation de confiance préexiste. L’efficacité de ces dynamiques collectives a notamment été mise en évidence lors des récents travaux de PwC dans les secteurs pharmaceutiques avec G5 Santé, et de la chimie fine avec SICOS et GEMME. D’autres filières s’intéressent à ces approches.
  4. Les achats publics peuvent jouer un rôle précurseur et encourager l’initiative privée par effet d'entraînement. Dans le secteur textile par exemple, certains appels d’offres publics hospitaliers introduisent des critères socio-environnementaux. Le code des marchés publics dispose de clauses adaptées (bien que complexes) aux achats responsables.

  5. Enfin, développer un outil public et facile d’accès pour le calcul du coût complet d’un produit sur l’ensemble de son cycle de vie valoriserait les externalités positives de l’offre de proximité, souvent non quantifiées et peu intégrées dans les modèles d’affaires. Même si aucune approche n’est aujourd’hui à la fois simple et exhaustive, ce type d’outil serait d’une grande aide notamment aux PMI et ETI ne disposant pas d’ingénierie d’achat.

« Ce pilote de relocalisation de la production par les achats responsables ainsi que les nombreuses autres initiatives présentées lors de la table ronde 'Relocaliser par les achats responsables' (Salon Global Industrie 2021) confirment un réel un potentiel. PwC et le CNA l’avaient chiffré à 10 à 15 milliards d’euros de valeur ajoutée. »

Olivier Lluansi, Associé, Strategy& France

Passer aux achats responsables à l’échelle

Le projet pilote de relocalisation de la production par les achats responsables confirme un potentiel de relocalisation d’activités de l’ordre de 10 à 15 milliards d’euros de valeur ajoutée, selon les calculs de PwC et du CNA en 2020. 

Cette démarche est complémentaire des efforts de réindustrialisation de la France par le développement de nouvelles filières, telles que celles identifiées dans le rapport Potier visant à « faire de la France une économie de rupture technologique ». Cette perspective est d’autant plus prometteuse que ces filières pourraient permettre un gain de 30 à 40 milliards d’euros de valeur ajoutée industrielle d’ici cinq à dix ans. 

PwC se réjouit de la vision de Thomas Courbe, Directeur général de la DGE, d’aborder « de manière ciblée, avec les filières industrielles, les approvisionnement critiques et les risques de rupture ». C’est dans cet esprit que nous poursuivons avec le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance les travaux portant sur la relocalisation industrielle par les achats responsables.

Nos échanges ont permis de dégager quatre pistes d’action concrètes :

  • équiper les organisations achat d’outils simples du coût complet intégrant l’impact des risques environnementaux et sociétaux des approvisionnements ;

  • favoriser le déploiement des démarches régionales, telles que celles conduites dans le Grand Est ou la Bretagne, qui ont déjà engagé le débat et lancé des initiatives. Les CNA régionaux sont mobilisés pour accompagner les Conseils régionaux et l’État ;

  • approfondir les dimensions achat et approvisionnement dans le cadre des Comité stratégiques de filière par un partenariat CNA / Conseil national de l'industrie (CNI) sur des filières stratégiques pilotes ;

  • sensibiliser plus encore les entreprises et leur direction générale sur les achats responsables et les modalités complémentaires de gestion du risque et de mise en œuvre de la responsabilité sociale et environnementale.

« Vue la faiblesse de notre industrie, l’un des tissus les plus faibles d’Europe en termes de part du PIB national, il semble évident que la conjugaison de ces deux approches – soutien de l’offre et mobilisation de la demande – renforcera nos chances de réindustrialisation. »

Olivier Lluansi, Associé, Strategy& France

Conclusion

Si l’approche proposée ici concerne les achat inter-entreprises (B2B), d’autres démarches doivent s’attacher aux achats publics (B2G) et grand public (B2C). Dans tous les cas, nous ne parviendrons à mobiliser notre potentiel de relocalisation qu’en conjuguant les efforts : soutien à l’offre et aux investissements productifs d’une part, mobilisation de la demande pour le Made in France d’autre part, notamment via les démarches d’achat responsable.

Nous continuons de soutenir l’idée d’un nouveau Pacte productif mobilisant, de manière ciblée et sélective, ces trois différents flux de demande (B2B, B2G et B2C) en complément des dispositions de soutien aux investissements productifs de France Relance.

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